Schulstiftung der Erzdiözese Freiburg
Kirchliche Stiftung des öffentlichen Rechts
Compassion

Apprentissage social à l'école

Apprentissage social à l'école

Adolf Weisbrod

Remarque préliminaire

Deux personnalités différentes expriment la même pensée sous une forme distincte:

Philipp Rosenthal, industriel et ancien secrétaire d´État, dit de lui: " Je suis un égoïste altruiste. On ne se sent bien que si l´on fait des choses pour d´autres. " L´acteur Harald Junke auquel on demande: " De nombreux spectateurs vous apprécient comme acteur. Mais dans la vraie vie, c'est différent. D´où cela peut-il venir? " répond: " Parce que je ne suis que moi-même et peut-être que ça ne suffit pas. "

De nombreuses expériences similaires sont la toile de fond de notre projet " Compassion ".


1. Genèse, sources d'inspiration et difficultés

Le groupe de travail " Innovation ", que je préside faute d´avoir été attentif, avait reçu pour mission par la Conférence épiscopale allemande en mai 1992 de développer un projet concret qui donne un profil à l'enseignement privé catholique en charge des tâches d'instruction et d'éducation et qui prenne en compte les besoins spécifiques de la société moderne. Il fallait donc également se conformer aux stipulations légales selon lesquelles l'enseignement privé se doit " d´enrichir le paysage scolaire et de le promouvoir par des formes spécifiques d'instruction et d'éducation " (cf. loi sur l´enseignement privé en Bade-Württemberg). L'idée rapidement émise dans la discussion de renforcer l'apprentissage social des jeunes n'était pas à cette époque d'une aussi grande actualité que maintenant.

L'application concrète de notre projet avait déjà commencé lorsque les députés (345) de toutes les fractions soumirent la proposition d'intégrer les termes " solidarité " et " civisme " dans la constitution pour faire contrepoids à l'individualisme exacerbé de notre époque (Süddeutsche Zeitung: 04.02.94). Le nombre de publications thématisant la question de la sensibilité sociale ou bien de son absence augmenta à cette époque. Martin Walser, par exemple, publia " Sans l´un, sans l´autre " chez Surkamp 1994, ou bien Ludger Kühnhardt: " Chacun pour soi et tous contre tous - état actuel et avenir du civisme " chez Herder-Spektrum 1994, dans le Spiegel (Nr. 22, 30.05.1994) l'article: " Chacun pour soi et contre tous- la société de l'ego " et enfin l'important livre de poche de Daniil Granin dans la série Herder-Spektrum (1993) " La miséricorde perdue - une expérience russe ". Le mot miséricorde, en russe " Miloserdie ", avait été éliminé du dictionnaire après la révolution d'Octobre, un mot oublié, le sentiment de compassion étouffé pour des raisons idéologiques. Ce fut le legs de Pouchkine, entre autres, de rappeler à ses lecteurs les valeurs de la bonté et de la pitié. L'œuvre d´auteurs russes tels que Dostojewski, Tourgenïev, Tolstoï, Tchekhov, Gogol et Gorki est placée sous le signe de la compassion en faveur des déchus. " Cet humanisme est la caractéristique et la grandeur de la littérature russe. ...(celle-ci) a beaucoup contribué à réveiller dans les âmes attention et compassion envers les victimes du destin, les pauvres et les oubliés. " (pp: 18/19). C'est avec cette tradition que souhaite renouer Daniil Granin après les grands bouleversements politiques.

Cette publication et d´autres ont bien sûr donné une forte impulsion à notre idée d´origine. Dès le départ, nous avons voulu travailler en coopération avec les responsables des services de la scolarité (cf. index des membres du groupe de travail), les chefs d'établissements et des responsables au niveau des ministères fédéraux: Gerd Schmitz (Mainz), Dr. Maria Beitl et Dr. Friedrich Hirsch (Stuttgart). D´emblée, il s´agissait d'être conscient de deux choses: un projet qui concerne la société dans sa globalité aura nécessairement un jour ou l´autre besoin d'avoir des contacts avec les services de l'État; et de plus, la réalisation d'une phase pilote n´était envisageable que dans le secteur dont je suis responsable. Il s´agit des écoles libres catholiques du diocèse de Fribourg en Brisgau. Les résultats de la consultation du groupe de travail de 1994 ont été résumés dans une brochure de 47 pages (rédaction finale par Adolf Weisbrod / Friedrich Hirsch / Franz Kuhn). Nikolaus Kircher, le consultant d´alors, nous avait beaucoup aidés grâce à ses idées et son talent d´organisation.

Ce ne fut pas chose facile pour les initiateurs du projet de mettre en œuvre l´idée encore floue du départ. Car sur le terrain les oppositions étaient en partie très fortes. Il fallut convaincre les chefs d´établissements, les enseignants et enseignantes, les élèves et les parents. Il fallut surmonter des scepticismes fondés, de l´inertie et des craintes irrationnelles; il fallut prendre en compte des arguments justifiés:
- le surchargement des emplois du temps et le stress des élèves,
- le surmenage des enseignants qui au lieu d´un abaissement du temps de travail nécessaire depuis longtemps devraient accepter des augmentations d´horaires,
- l´école considérée une fois de plus comme l'atelier de réparation de la société,
- le manque de moyens pour des diminutions de temps de travail ou pour des tâches supplémentaires,
- etc.

La crainte de nombreux parents que leurs enfants ne puissent assumer physiquement ou psychiquement certaines situations se trouve confirmée dans le rapport d´une élève qui a travaillé dans un hôpital. Elle écrit après la description de ses tâches: " Ça peut paraître très bien, mais je dois ajouter que j´ai trouvé la première semaine très difficile parce que je n´avais pas envisagé d´avoir des relations émotionnelles avec les patients. J´ai été très choqué lorsque, durant les cinq premiers jours, trois des patients avec lesquels j´avais parlé et marché dans les couloirs sont décédés. Mais j´ai aussi fait l´expérience que je n´étais pas la seule et que j´avais une réaction humaine puisque le personnel hospitalier et les " blouses blanches " aussi étaient sous le choc. "

De nombreuses discussions eurent lieu entre professeurs et avec les parents d´élèves pour évoquer les problèmes et peu à peu les réserves diminuèrent. Ce sont les rapports de stage des élèves eux-mêmes qui ont été les plus utiles. Mis à part quelques exceptions, ils parlaient tous d´expériences importantes, voire indispensables. L´un d´entre eux écrit: " En neuf ans de lycée, j´ai eu à apprendre des tas de choses que j´oublierai sûrement bientôt, ce que j´ai vécu durant ces deux semaines me restera certainement toute ma vie. "

On peut dire aujourd' hui que Victor Hugo avait raison dans son bilan de vie: " Il n´est rien au monde qui ne soit aussi fort qu´une idée dont le jour est venu. "


2. La conception du projet et sa dénomination

Depuis de nombreuses années déjà certaines écoles organisaient des stages de travail social. Ils n´avaient cependant que des effets de courte durée car ils leur manquaient un atout essentiel, les émotions à elles seules ne suffisent pas. C'est la raison pour laquelle il est nécessaire, à notre avis, d´accompagner le stage d´une préparation et d´une réflexion interdisciplinaire. Pas une seule matière pour laquelle on ne puisse pas implicitement thématiser l´éveil à la sensibilité sociale. Bien sûr, cela exige des enseignants motivés, sensibles et compétents dans leur matière. Ce n´est difficile pour aucun des " Länder " de faire, par exemple pour la onzième classe, un tableau synoptique des thèmes en rapport avec le stage et d'établir leur exploitation en cours. Dans le numéro 27 de FORUM, numéro spécial avec pour titre: " Le projet Compassion ", on peut trouver des exemples d´exploitation didactique pour différentes matières. La maison d´édition Kösel-Verlag va éditer un ouvrage avant la fin de l´année où seront proposées des pistes didactiques du projet pour la plupart des matières. Il est certain que les professeurs durant l´année du stage ne devront pas commencer chaque heure de cours par un: " Bien, aujourd´ hui, nous allons faire " Compassion! ". Il est préférable d´éveiller la sensibilité sociale des élèves quasiment en passant, sans que ce soit pour les élèves le thème principal et tout en restant en lien avec le contenu classique du programme. Il est ainsi facile de choisir des lectures en langue étrangère en rapport avec les expériences d´apprentissage social faites au cours du stage par les élèves.

Le stage doit durer au moins deux semaines. La crainte des enseignants et des parents en ce qui concerne le nombre d´heures de cours qui ne peuvent pas être données à cause du stage et cela alors que les programmes sont surchargés est fortement relativisée par l´ouverture qu´il apporte aux élèves. Un élève de la treizième classe écrit: " Pour moi, l´une des expériences les plus importantes du stage aura été celle d´être absorbé par mon travail. Ces deux semaines de travail ont été l´occasion non seulement de faire passer l´école au second plan mais aussi les loisirs pour une tâche qui me prenait complètement. Et mon travail avec un groupe d´handicapés profonds m'a tellement absorbé que non seulement j´ai beaucoup donné mais aussi beaucoup reçu. Je n´avais pas le sentiment de travailler, c'est mon travail qui m´a porté durant ces deux semaines. C'est pour cette raison que j'ai pu bien le faire. Et depuis que je me pose la question de mon avenir professionnel, j´ai cette expérience en mémoire et je ne peux pas me soustraire à son influence! "

" Encore plus que le rapport au travail, c´est la relation avec les autres qui joue un rôle durant le stage. Et comme j´étais accompagnateur d´un groupe d'enfants handicapés mentaux et moteurs, c´est justement cet aspect qui a le plus exigé de moi. J´ai eu des difficultés à construire une relation avec les enfants. Cela m´a demandé beaucoup de patience, et de s´adapter constamment aux besoins de chacun nécessitait toutes mes forces. Pourtant, je n´ai pas l'impression d´avoir perdu quelque chose. Au contraire, le travail avec les enfants m´a appris à connaître mes faiblesses et mes compétences. Ce n´est pourtant pas, à mon avis, l´aspect le plus important du stage. Plus important encore a été d´apprendre à engager une relation avec quelqu´un qui a besoin d´aide et de lui accorder entièrement cette aide.

Je pense que le stage m´a appris jusqu'où on peut (et doit) aller. Les expériences faites au cours du stage sont devenues des repères dans mon quotidien. De ce point de vue, je suis aujourd'hui encore en stage - et tout au début. " Tous les médias ont donné un écho inhabituel à l´initiative " Compassion " (FORUM 18;20). Les quotidiens régionaux et nationaux furent sans exception positifs. Un seul grand quotidien conseilla au " pédagogue Adolf Weisbrod " de s´allonger dans sa chaise longue plutôt que de s´adonner à de telles rêveries " idéalistes ".

Il y eut des émissions télévisées, des interviews radiophoniques et de longs articles dans les revues spécialisées. Malheureusement, un projet de reportage télévisé dans la série " Septième sens " a dû être abandonné à cause du décès inattendu du journaliste responsable.

Le Président Roman Herzog en personne a parlé de notre projet au cours de la session annuelle des Universités populaires. Il est vrai, avec une remarque ironique - sur le ton aimable qu´on lui connaît - en ce qui concerne la dénomination de notre projet. L´américanisme, pour ne pas dire la note pidgin, de " Compassion " avait déjà été évoqué dans une lettre ouverte aux chefs d´établissements, enseignants, parents et élèves: " Alors que le processus en soi est à saluer, la dénomination " Compassion " devrait à mon avis être refusée car elle n´exprime pas correctement ce que les élèves auront à faire et elle est ambivalente dans sa prononciation puisqu'elle peut soit être prononcée à la française soit à l´anglaise. Mis à part le fait qu´il soit incompréhensible que la Conférence épiscopale allemande ne trouve pas de nom dans sa langue maternelle, on est en droit de se demander pourquoi l´Église catholique n´utilise pas sa langue propre qui est le latin ".


En mon fort intérieur également, durant les discussions, l´ancien professeur d´allemand que j´étais fronça les sourcils. De plus, la dénomination espagnole " compasión " sonne très correcte alors que l´américanisme " compasion " fait plutôt délavé! À l´époque de notre discussion, le livre de poche de Daniil Granin précédemment cité: " La générosité perdue - une expérience russe " avait déjà été publié. Si le nom russe " miloserdie " avait aussi bien sonné que les slogans de l´époque " perestroïka " ou bien " glasnost " on l´aurait pris en compte, avant tout pour établir un lien avec la tradition littéraire et historique de la Russie. Mais " miloserdie " avait trop peu de " power " comme on dirait aujourd'hui.

" Compassion " se rattache délibérément à la tradition de l´éthique sociale que les frères Kennedy dans les années 60 exigeaient du peuple américain. Aujourd'hui, ce choix a satisfait nos espérances: le terme est accrocheur, branché, et il est adéquat pour les médias. " Compassion " indique également que c´est la société dans son ensemble qui est appelée à prendre cette attitude (" desiratum humanum ") et non pas seulement les personnes pieuses. Et enfin notre projet a lieu dans le cadre scolaire et n´a, par là même, rien de comparable avec les stages professionnels. Le but principal n´est pas d´orienter les élèves des écoles chrétiennes vers des professions sociales mais d´ouvrir les écoles sur le monde extérieur, de montrer aux jeunes que de nombreuses personnes sont dans le besoin et que de nombreux bénévoles et professionnels s´engagent. Il est positif de constater que de nombreux élèves sont restés fidèles à leur place de stage et continuent de plein gré d´aider à la fin de la semaine dans les maisons de retraite ou les foyers pour enfants par exemple. Pour beaucoup c´est l´occasion de constater qu´il existe des institutions de ce type à proximité de chez eux et ils suivent les débats politiques sur les questions sociales avec plus d´attention.



3. Approbation d´un projet-pilote

Après la publication en 1994 de la brochure dont il a déjà été question, il fut possible de mettre le projet en place dans les écoles sous ma responsabilité, c´est à dire les écoles catholiques du diocèse de Fribourg en Brisgau. Il fallut convaincre les chefs d´établissements de se lancer dans cette initiative. Cela n´était possible qu´à partir de la dixième classe en raison de la loi sur la protection de l´enfance. Dans les lycées, nous avions envisagé le stage principalement dans la onzième classe. Les enseignants et les parents d´élèves évoquèrent au cours de vifs débats les problèmes, craintes et résistances, les professeurs des différentes sections réfléchirent où placer thématiquement le projet et se préoccupèrent de la coordination. Un ou deux collègues, parfois des élèves, cherchèrent des places de stages. La " Caritas ", la " Diakonisches Werk " et les villes s´efforcèrent le plus souvent d´établir des contacts.

Comme les enseignants ont durant les deux semaines de stage de nombreuses heures en moins, il est possible et souhaitable qu'ils encadrent les élèves. Le premier stage exige une préparation nettement plus grande que les suivants pour trouver des places. C'est pour cette raison que nous avons accordé deux heures par semaine aux enseignants coordinateurs du projet la première année. Ensuite, une fois que les contacts sont établis, une heure suffit. En de nombreux endroits on peut effectivement constater comme résultat positif que certaines institutions reprennent volontiers des élèves. Après la première année, le fait que les rapports de stage dans leur majorité relativisent et éliminent les résistances des sceptiques et des hésitants vient en aide aux initiateurs. Partout où le premier pas est fait, le projet est tout naturellement reconduit. Les relations informelles entre jeunes, parents d´élèves et enseignants font que le stage se reconduit par lui-même. Une élève écrit sous forme de provocation " ...c´est pour cette raison que je propose qu´on réfléchisse à l´idée d´un stage pour les enseignants... ".

Les expériences faites au cours de la première phase d´application du projet dans des écoles catholiques et dans quelques écoles publiques ont attiré l´intérêt des ministères, le ministère de l´Éducation et des Affaires culturelles de Stuttgart et le ministère fédéral de l'Éducation et de la Recherche (BMBF) à Bonn et nous avons pu faire par leur intermédiaire une demande de subvention à la Commission de la Fédération et des Länder pour la Planification de l´Éducation et la Promotion de la Recherche (Bund-Länder-Kommission). Le Professeur Jürgen Rekus de l´École supérieure de pédagogie de Karlsruhe s'est chargé, et nous lui en sommes reconnaissants, de l'accompagnement scientifique du projet-pilote et de la formulation de la demande à la Commission de la Fédération et des Länder. Gerd Schmitz (Mainz) et Klaus Happold (Stuttgart) ont également contribué à ce que notre projet d'apprentissage social combinant stage pratique et exploitation théorique soit durant l´été 1996 - malgré une grande concurrence- reconnu par la commission comme projet-pilote financé par l´État.

À partir de l´année scolaire 1996/97, le Professeur Dr. Lothar Kuld (École supérieure de pédagogie de Karlsruhe) et son assistant Stefan Gönnheimer ont pris en charge la préparation, l'accompagnement et l´évaluation scientifiques du projet durant deux ans dans des écoles de types différents. Parmi celles-ci une école publique du premier degré (Realschule) et une école d´enseignement spécialisé (Förderschule). Les résultats ont été présentés en mars 1999 au cours d´une conférence de trois heures à l´Université de Fribourg en Brisgau. La faculté de théologie de Fribourg, l´École supérieure de pédagogie de Karlsruhe et la Fondation scolaire du diocèse de Fribourg avaient organisé cette présentation ouverte à tous. Cet événement eu un accent particulier en raison de la participation du Professeur Dr. Johann Baptist Metz, Münster, qui pris parole sur le thème : " Compassion - projet pour un programme mondial du christianisme ". J´avais lu à Noël 1997 son article dans le " Süddeutsche Zeitung ": " Avec l´autorité des souffrants - la compassion: proposition de programme mondial pour le christianisme ". Si ce n´était pas un signe de la Providence! Dans cet article se trouvait décrit, en effet, l´horizon théologique, intellectuel et spirituel de notre projet. Johann Baptist Metz donne une forte impulsion à notre entreprise grâce à toutes les conférences tenues sur ce thème où il se réfère désormais toujours à notre projet.


4. Quelques résultats de l´évaluation scientifique

L´évaluation scientifique dans son ensemble va être publiée ces jours-ci par la maison d´édition Kohlhammer dans un ouvrage de plus de 200 pages qui réunira travaux préparatifs, questionnaires et statistiques. Quelques " résultats choisis " se trouvent dans le FORUM 27 et surtout dans l´ouvrage qui vient de paraître chez Herder , édité par Johann Baptist Metz / Lothard Kuld / Adolf Weisbrod : " Compassion: programme mondial pour le christianisme, apprentissage de la responsabilité sociale ". Délibérément, cet ouvrage ne décrit pas les aspects didactiques, il a pour but de montrer les relations qui existent entre différents domaines et de sensibiliser à la responsabilité socio-politique de nos écoles. Programme mondial, compassion, sens du service, solidarité, apprentissage éthique et rapport au vécu sont quelques mots-clé pour décrire notre but.

Notre thèse centrale était la suivante: " ... des expériences sociales dans un contexte réel conduisent les élèves à un changement d´attitudes et d´opinion dans le sens d´une responsabilisation sociale si le stage est pluridisciplinaire, intégré au travail en classe et évalué en cours. " Les résultats de l´évaluation scientifique l´ont confirmé. " Compassion " comporte plusieurs dimensions:

- une dimension politique. Compassion signifie souffrir avec, partager les conséquences avec, être solidaire de ceux qui de leur propre force ne réussissent pas à tenir le rythme de notre société,
- une dimension d'apprentissage éthique dans la mesure où il s'agit de développer des attitudes spécifiques,
- une dimension de vécu puisque c'est par l'intermédiaire d'expériences concrètes que des objectifs éthiques doivent être atteints,
- une dimension scolaire dans la mesure où Compassion transforme l'école,
- une dimension religieuse ou plutôt théologique dans la mesure où il faut voir dans le partage du vécu de la souffrance une attitude spécifiquement chrétienne.
(cf. KULD/Gönnheimer: " engagement ", 3/1998, pp 177)

Compassion est selon Metz " sensibilité à la souffrance d´autrui " et pour cela " un mot-clé du christianisme ".

Les réponses aux questionnaires (pour plus de détails se rapporter aux données et graphiques du rapport d´analyse, cf. Metz/Kuld/Weisbrod pp. 130 ) ont été différenciées selon qu'elles ont été données avant, pendant ou après le stage, avant ou après l'exploitation en cours, selon le sexe des adolescents, leur engagement religieux, leur opinion favorable ou défavorable au stage, et enfin des comparaisons ont été faites entre des stages avec exploitation didactique et des stages sans exploitation didactique postérieure. Les lieux les plus demandés étaient les maisons de retraites, les foyers pour handicapés, les jardins d´enfants, les hôpitaux et d´autres institutions dans lesquelles les rencontres étaient possibles avec ceux dont il s´agissait de se montrer solidaires. Dans une société cloisonnée, il est nécessaire de préparer ces rencontres avec les handicapés , les personnes âgées, les enfants etc. qui vivent dans leurs propres institutions et dans des mondes à part. L´école s'ouvre donc sur un monde qu'elle ignore autrement.

Les effets du stage et de la thématisation en cours de " Compassion " sont durables et variés. Ils diffèrent selon le sexe, les expériences sociales précédentes faites dans des associations, des Églises ou bien dans la famille et selon l´intensité du vécu en stage et la qualité de l´accompagnement en cours. Mis à part ces aspects évidents, on peut dire que le projet " Compassion " modifie la perception de l´école. Les adolescents évaluent mieux ce que leur apporte les cours et sont plus critiques. Les conversations dans la cour d´école gagnent en gravité, les conversations à la maison également ont une autre dimension et font changer le climat. Beaucoup de parents le confirment. Plus il y aura de classes qui feront cette expérience, plus le climat de l´école lui-même finira par se transformer. On peut nettement observer une plus grande ouverture vis-à-vis de l'engagement social. La comparaison avec des groupes de contrôle le montre très bien. L´augmentation de l´attention pour les problèmes sociaux et de leur prise en compte est renforcée quand les enseignants honorent cette plus grande sensibilité et la prennent au sérieux. La réussite du projet dépend donc, comme on peut en apporter la preuve, de l´engagement pédagogique des enseignants.

En guise de résumé, citons l´avant-dernier passage du rapport de Kuld / Gönnheimer: " Le projet Compassion donne matière à réflexion aux élèves. Le monde est différent de l´image qu´ils en avaient, l´école est moins que ce qu´ils imaginaient, les questions de la vie sont en moi et non pas dans les choses. Le savoir sur le monde, c'est le domaine de l´école et pourtant il y a des choses que l´école ne transmet pas. En début d´année scolaire, les élèves pensent que l´école n´est pas en mesure de bien aider à une meilleure connaissance de soi-même. En fin d´année, la tendance s´inverse dans les classes dans lesquelles le projet est thématisé intensivement (c'est à dire dans cinq matières et plus) en cours. Le nombre d'élèves qui affirme que les cours contribuent un peu à mieux se connaître augmente de 26%. Dans les classes avec peu de cours sur le sujet, l´augmentation est de 17%. Dans les classes avec un cours intensif autour du projet, ce sont 12% des élèves qui en fin d´année estiment que l´école contribue à une meilleure connaissance de soi. Dans les classes avec une faible thématisation, il n´y a pas de différence entre le début et la fin de l´année. Nous devons cependant faire une restriction au sujet de ces chiffres. Nous n´avons pour différencier les groupes tenu compte que du facteur quantitatif. Nous n´avons rien pu demander sur la qualité des cours. Mais comment mesurer d´ailleurs la qualité? Nous ne pouvons apporter de réponses ici. Les recherches sur le travail de la mémoire montrent bien que des événements dont on parle régulièrement restent plus longtemps en mémoire que les événements dont on ne parle plus " (Metz / Kuld / Weisbrod, p. 138).


Perspectives de développement et remarques finales


Dans sa lettre numéro 95, Sénèque parle des devoirs de l´homme, en premier lieu à l´égard des Dieux, ensuite à l´égard des hommes. Au regard de cette vaste unité de la grande communauté des Dieux et des hommes, il dit ensuite : " Montrons nous solidaires les uns des autres, étant faits pour la communauté. La société humaine est pareille à une voûte en pierres dont la chute serait inévitable sans une mutuelle résistance des matériaux, moyennant quoi l´édifice tient ". Guidés par ce vieux précepte et engagés dans le projet " Compassion ", ce sont des enseignants de plus de 50 écoles privées catholiques - également quelques écoles privées protestantes et écoles publiques- qui ont déjà préparé et accompagné une ou dans certains cas plusieurs classes dans le cadre du stage social. Plus de 200 enseignants se sont retrouvés en février durant trois jours à Bensberg pour échanger leurs expériences, être informés des résultats de l´évaluation scientifique et discuter de concepts didactiques dans différentes matières. La présence durant ces trois jours de Manfred Müller, évêque de Regensburg et représentant de la Conférence épiscopale des évêques allemands, montre bien la valeur du projet aux yeux des commanditaires d´ origine. Souhaitons que l´initiative " Compassion ", qui trouve une résonance inhabituelle dans l´opinion publique et les médias, rappelle aux évêques l´importance de la fonction pastorale et sociale des écoles privées catholiques. Des milliers de diplômés de l´université, plus que dans tout autre secteur d´activité de l'Église, travaillent en tant qu'enseignants. Le ministère de l´Éducation et des Affaires culturelles du Bade-Württemberg s'efforce désormais également de trouver le plus possible d´écoles publiques pour le projet. Une courte brochure, spécialement conçue pour les chefs d´établissements et pour les colloques de formation continue des enseignants et qui résumera les publications existantes, a été prévue pour informer et convaincre. Dans les écoles publiques, le projet ne sera pas obligatoire mais facultatif. Mon souhait, ma vision, mon utopie est qu´à l´avenir, dans toutes les écoles catholiques, " Compassion " soit définitivement fixé dans le contrat scolaire comme partie intégrante et obligatoire du programme. Ce serait un profil net! Et cela donnerait raison à la personne qui me disait il y a un an : " Compassion est un mot de code branché pour une entreprise à long terme des écoles catholiques et une interpellation efficace ".

" Regarde - et tu sais! ". Johann Baptist Metz a cité le philosophe Hans Jonas en ces termes. Cette devise est le fondement de notre initiative " Compassion ".

Dans l´ouvrage de Martin Buber " Récits des Chassidim ", j´ai lu dernièrement l´histoire de l´élève qui demande au rabbin, comment définir l´heure où la nuit finit et le jour point. Il s´interroge si c' est l´heure où on arrive à distinguer un chien d´un mouton ou un dattier d´un figuier. Le rabbin répond: " C'est l´heure où tu vois dans le visage d´un autre ton frère ou ta sœur. La nuit est en nous jusqu'à ce moment-là... ".

Puisque nous célébrons le centième anniversaire du philosophe Hans-Georg Gadamer, j´aimerais le citer pour caractériser en un mot " Compassion ". Il résume son œuvre principale " Vérité et méthode " et l´éthique de son herméneutique en un commandement moral: " Comprends ton prochain comme toi-même! "


Appendice

Groupe de travail " Innovation "
1. Dr. Margarita Beitl, conseillère au ministère,
ministère de l'Education et des Affaires culturelles, Stuttgart
2. Dr. Friedrich Hirsch, président,
ministère de Stuttgart, aujourd'hui académie de Karlsruhe,.
3. Nikolaus Kircher, professeur de lycée,
section éducation de la Conférence épiscopale des évêques allemands
4. Dr. Silke Kledzik, proviseur,
lycée "Bischöflisches Gymnasium", Coblence
5. Dr. Franz Kuhn, proviseur,
lycée "St. Raphael-Gymnasium", Heidelberg
6. P. Daniel Müssle, proviseur,
lycée "Franziskaner-Gymnasium", Kreuzburg
7. Dr. H. W. Riemann, proviseur,
vicariat épiscopal général, Hildesheim
8. Gerd Schmitz, sous-directeur au ministère,
ministère de l'Education et des Affaires culturelles, Mainz
9. J. Schneider, proviseur,
vicariat épiscopal général, Münster
10. Dr. Adolf Weisbrod, directeur,
président, Fondation scolaire de Freiburg



Bibliographie
1. Johann Baptist Metz / Lothar Kuld / Adolf Weisbrod:
Compassion, programme mondial du christianisme, apprendre la responsabilité sociale (Herder 1999)

2. FORUM, cahier d´informations des Écoles privées catholiques du diocèse de Freiburg, Fondation scolaire de Freiburg

3. Engagement, magazine pour l´école et l´éducation, groupe de travail des écoles catholiques privées allemandes, Bonn (Aschendorff)

4. Lothar Kuld / Stefan Gönnheimer:
Compassion - apprentissage de l'engagement social (Kohlhammer 2000)

5. Forum des parents d'élèves, magazine spécialisé de l'association des parents d'élèves catholiques allemands (KED), Bonn: cahier 2/95, p. 18; cahier 4/96, p. 17; cahier 1/100, p. 11